AZCA
Atelier Zéro Carbone Architectes
Texte tiré d’une conférence sur le biomimétisme et l’architecture en janvier 2017.

Marine Jacques-Leflaive a été contactée pour le projet « La Cave de l’Œuf » créée en 2013 à Puligny-Montrachet.
C’est le texte que nous décidons de vous présenter en guise de « philosophie de l’agence » car il reflète complètement l’éthique appliquée à l’ensemble des projets AZCA.


Marine JACQUES-LEFLAIVE

Je pilote avec mon conjoint une agence d’architecture de huit personnes à Nuits-Saint-Georges et en attendant l’arrivée de tous ces matériaux extraordinaires qui sont annoncés dans les futures années, je m’efforce déjà de composer avec l’existant, en essayant d'utiliser la matière la plus naturelle possible pour la réalisation de nos bâtiments.

Parmi les bâtiments que nous avons créés, je vais vous présenter ici l’exemple d’une cave que nous avons implantée en Bourgogne à proximité de Beaune. Le principe était de se rapprocher autant que possible des caractéristiques d’une cave enterrée, avec 90 % d’humidité et une température constantede 13°C, ce qui respecte le cahier des charges quant aux conditions idéales pour la conservation et l’épanouissement du vin. Or, nous nous sommes aperçus que dans certains secteurs de la Bourgogne, la nappe phréatique était trop proche pour prévoir des caves enterrées. Ceci justifie ainsi les précédentesconstructions de hangars avec d’importantes climatisations très consommatrices d’énergie fossile.
 


C'est la raison pour laquelle une viticultrice nous a contactés pour nous demander de construire une cave qui offrirait le même « cahier des charges » qu’une cave enterrée. Nous avons donc conçu une cave hors-sol, passive et sans climatisation. Pour ce faire, nous avons chercher les matériaux naturels environnantsen essayant de les assembler de la manière la plus intelligente possible.

L’une des difficultés du projet tenait précisément dans le caractère instable de la matière vivante. Le vin est tellement sensible que la moindre déviation organoleptique, c’est-à-dire un composé chimique perturbateur dans l’atmosphère, peut le perturber et lui conférer ce que l’on appelle le « goût de bouchon ». Ces perturbateurs sont nommés les TCA (trichloroanisole), que nous retrouvons dans les matériaux ayant subi à la base une pollution atmosphérique, terrienne ou aquatique. Or, les matériaux naturels sont justement ceux qui sont les plus exposés à toutes ces pollutions puisqu’en tant que matière vivante, ils ont tendance à absorber ces polluants et à les restituer dans les bâtiments.

Dans le cas présent, le terrain était très restreint, 9 mètres de large pour 18 mètres de long. Nous y avons créé une voûte et ajouté deux portes permettant de se raccorder aux caves existantes construites dans les années 60. La voûte en question s’inspire des voûtes nubiennes. En tant qu’architectes, nous souhaitions parvenir à une solution esthétique tout en étant structurellement intéressante et en travaillant sur le principe du nombre d’or. La voûte reprend le tracé de Ptolémée et les proportions du nombre d’or. Cette forme en œuf permet énergétiquement d’élever les vins dans de meilleures conditions cosmo-telluriques, c’est-à-dire que nous allons donner au vin la capacité de mieux entrer en relation avec le ciel et la terre.

Des dégustations à l’aveugle ont été organisées entre les vins issus des caves existantes et ceux qui ont été installés dans cette Cave de l’Œuf. Il en ressort une différence notable du point de vue des œnologues.

Les matériaux principaux sont le bois pour la structure, la paille pour l’isolation et la terre pour la finition intérieure et l’inertie thermique. Nous n’avons évidemment pas choisi une paille pleine de pesticides telle que nous en trouvons trop souvent dans nos agricultures conventionnelles. Nous avons préféré nous rapprocher d’un agriculteur pionnier en matière d’agriculture biodynamique et extrêmement en conscience par rapport au vivant. Quant au bois, nous avons opté pour une structure qui n’utilisait pas du tout de colle. Nous avons utilisé pour cela une méthode dite du « bois massif reconstitué par clouage », qui consiste à prendre des planches de bois naturel en les clouant tous les 50 millimètres pour obtenir de grandes arches qui vont former la structure de la Cave de l’Œuf.

Comme la paille nous est parvenue sous forme de ballots et non pas de bottes, nous l’avons installée sous un hangar avant de la dérouler dans des champs en pente pour la botteler.

Un tableau nous a permis d’analyser chacun des matériaux en termes de tenue des TCA afin de les valider avant leur installation.

Il nous a fallu quatre mois pour trouver un artisan capable de concevoir des fondations à l’ancienne en pierre mais les normes et les DTU ont fini par nous décourager. Nous avons donc dû nous résoudre à couler des longrines en béton.

Les allées de travail sont en pierre de Bourgogne. Le sol n’est pas isolé, le principe étant de récupérer la fraîcheur de la nappe phréatique pour conserver la cave à un niveau constant de fraîcheur toute l’année.

Je souhaitais utiliser le liège pour l’isolation afin de profiter de son lien avec la nappe phréatique mais il est devenu quasiment impossible de trouver du liège qui ne soit pas issu de chênes lièges grandis artificiellement avec l’aide de pesticides. Nous avons donc utilisé de la mousse de pierre à la place.

Un filtre frein/vapeur a été installé sur les caissons de bois une fois ceux-ci posés, sachant que les principaux ennemis de la paille sont l’humidité et le froid. Il s’agit là d’une membrane plastique mais nous n’avions pas vraiment d’autres choix. Nous avons toutefois fait en sorte de trouver une membrane sans couche d’aluminium.

La brique de terre crue en pied de murs joue un rôle de « déphasage thermique » et permet à la fraîcheur issue de la nappe phréatique de s’accumuler et d’être restituée lorsqu’il fait un peu plus chaud ou plus frais.

Des panneaux de roseaux ont été placés au-dessus de la voûte. Ces panneaux servent de support à l’enduit de terre prévu pour la finition et qui permet de jouer le même rôle que les briques pour le déphasage.

Le bardage extérieur est peint à l’ocre, avec une peinture composée d’huile de lin, de farine, de savon de Marseille, d’eau et d’ocre rouge. La voûte constituée de seize couches nous permet d’obtenir un bâtiment passif, simple et uniquement construit en matériaux naturels. En outre, le bâtiment ne consomme absolument pas d’énergie fossile (ni d’énergie renouvelable d’ailleurs puisqu’il n’a tout simplement pas besoin d’énergie).

Nous avons également ajouté des rupteurs de champs électromagnétiques qui permettent à la cave de ne pas subir de rayonnements lorsque la lumière est éteinte.

La cave a été livrée en septembre 2013 et a aussitôt pu accueillir ses premières vendanges.



Échanges avec la salle

Question de la salle Au-delà de la mise en place de cette cave que vous venez de nous décrire, avez-vous aussi des projets d’école, de crèche ou autres qui intégreraient le même type de réflexions ?

Marine JACQUES-LEFLAIVE

Nous sommes une petite équipe, de sorte que nous ne disposons quand même pas d’un panorama très étendu de projets. Pour l’instant nous avons été sollicités sur des dossiers de caves et de lieux de stockage. Nous avons aussi beaucoup de projets de réhabilitation de type « mouton à cinq pattes » avec des logements un peu singuliers mais il est vrai que j’aimerais beaucoup être contactée pour un projet d’école car il en va de l’enfance comme du vin : il faut en prendre le plus grand soin.

Question de la salle

J’ai été très intéressée par l’exposé sur la cave de l’œuf. Je souhaite savoir si la combinaison terre/paille est désormais utilisée de manière systématique par votre cabinet, sachant que cette combinaison semble particulièrement satisfaisante en termes d’économie circulaire et de durée du cycle de vie des bâtiments.

Marine JACQUES-LEFLAIVE

J’appartiens à une génération d’architectes où ce type de combinaison est de plus en plus utilisé. Nous profitons là du travail des pionniers, c’est-à-dire que ce sont surtout les architectes de la génération précédente qui ont éprouvé les plus grandes difficultés, aussi bien financièrement dans leurs agences qu’en termes de mise au point de toutes ces combinaisons. Nous avons dans notre agence une architecte qui est devenue spécialiste des constructions en terre et avec laquelle nous essayons de mener des expériences tout en restant extrêmement basiques dans notre approche. Ceci ne nous empêche pas de trouver des innovations très intéressantes, ce qui montre bien que ce domaine est promis à un essor très rapide pour peu que nous sachions promouvoir nos avancées.

Question de la salle

Le biomimétisme ne pourrait-il pas constituer le début de la rupture dont parlait Madame NORMAND en début d’après-midi pour lever les freins qui existent encore aussi bien sur l’urbanisme que sur la construction et parvenir à ce que la Cave de l’Œuf récupère son soubassement en pierre ?

Marine JACQUES-LEFLAIVE

Si le biomimétisme doit constituer la porte d’entrée pour valider un système constructif aussi ancestral, alors nous ne pourrons que nous en réjouir. Il faudrait déjà que l’on nous permette d’essayer et d’innover, sachant que très peu d’options sont autorisées en dehors du béton. Nous disposons pourtant aussi bien de l’envie que des matériaux voire même un peu de budgets mais nous sommes bloqués par les règles.

Question de la salle

Avez-vous déjà des retours d’expérience sur la rénovation de bâtis anciens classiques ou classés en isolation durable ?

Marine JACQUES-LEFLAIVE

Nous essayons à chaque fois d’expérimenter de nouveaux systèmes d’isolation « perspirants », c’est-à-dire qui n’utilisent pas de frein/vapeur et qui font en sorte que la pierre ne soit pas déstructurée ni dans son hygrométrie naturelle, ni dans quoi que ce soit d’autre. Nous avons déjà conçu de cette manière trois systèmes de réhabilitation écologique dont je pense qu’ils pourront nous servir d’exemples pour la suite. Surtout, ces systèmes nous permettent d’éviter d’avoir recours à l’ossature métallique ou le remplissage en laine de verre. Nous parvenons ainsi à réaliser des isolations en fibre de bois avec finition en terre, avec ici un retour d’expérience de près de cinq ou six ans et aucun dommage spécial rencontré. Ces systèmes impliquent toutefois de repenser tous les réseaux à l’intérieur de la rénovation puisqu’il n’est plus question de les faire passer par le doublage intérieur.





Crédit photo : Alexis Doré

Béatrice Leflaive

Les Chais

Projet n° 104
Puligny-Montrachet

Jean Louis & Andrée Trapet

Bureau

Projet n° 153
Gevrey-Chambertin

Irène & Sylvain

La boîte à teufs

Projet n° 173
Corgoloin

Domaine Leflaive

La cave de l'œuf

Projet n° 107
Puligny-Montrachet

Anne Gros

Stockage palettes

Projet n° 109
Vosne-Romanée

F. Scherer - SCI A & V

Village Séniors

Projet n° 118
Neuilly-lès-Dijon

Anne Gros

Salle de dégustation

Projet n° 110
Gevrey-Chambertin

Anne-Claude Leflaive

Le Caroubier

Projet n° 103
Puligny-Montrachet
10 rue Crébillon
21700 Nuits Saint Georges
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